Kalfous richès

Le projet Kalfous Richès

Dans le cadre du travail de documentation des richesses et des beautés d’Haïti et dans la perspective de promouvoir et de rehausser l’image d’Haïti, ZOOM SUR HAITI a découvert avec émerveillement le projet Kalfous Richès qui a été présenté dans l’article : « Kalfous richès – Carrefour richesse » : changement de paradigme.

ZOOM SUR HAITI a vu dans cette initiative un excellent moyen de promouvoir une nouvelle image d’Haïti et du même coup a soulevé un lien possible entre le changement de perspective que cette démarche d’encadrement du talent artistique promeut, la lutte contre la pauvreté extrême et l’apport possible du tourisme.

L’article : « Kalfous richès – Carrefour richesse » : entre l’art, le tourisme et l’extrême pauvreté a démontré comment le projet s’est démarqué en permettant à des régions historiquement exhibées comme étant les plus démunies de trouver leur place dans un contexte d’activité et de développement touristique rallié à un certain développement économique.

La question qui se pose à cette étape de la réflexion est de définir, dans le contexte haïtien, quelle expérience touristique pourrait être soutenue par le pays et mettrait le mieux en valeur une identité culturelle complexe, diversifiée et unique.

Tableau réalisé par des artistes de régions historiquement exhibées comme étant les plus démunies.

Quel type d’activités touristiques ?

Pour élaborer des pistes de réponses à ces questions, il s’agirait d’explorer dans un premier temps, les différents types de tourisme et de cerner les formes qui pourraient convenir au contexte haïtien, avant d’isoler celle qui permettrait à Haïti d’être le plus compétitif et de rendre unique l’expérience touristique qu’elle pourrait offrir.

Les types d’activités touristiques recensés se dénombrent par plusieurs dizaines. Des activités touristiques les plus réprouvables, tel le tourisme sexuel et le narcotourisme, aux activités touristiques les plus insolites tel l’anachrotourisme - qui consiste à voyager avec un moyen de transport obsolète ou en utilisant de l’information, des guides touristiques peu récents - ou le tourisme de jardin - qui consiste à voyager pour visiter des jardins ou des lieux ayant marqué l’histoire du jardinage - , il y a probablement autant de façons, et de raisons de voyager, que de voyageurs.

Habituellement lorsque le terme tourisme est utilisé, il réfère au tourisme de masse ou au tourisme balnéaire qui sont de loin les formes d’activités touristiques les plus courantes. C’est le tourisme de vacances : plages, soleil, bains de mer, bonne chère et bon vin. Tout ceci a de quoi attirés les touristes pour une expérience de dépaysement et de ressourcement. Outre le fait que ce type de tourisme favorise une forte croissance économique, elle s’accompagne souvent de répercussions négatives sur l’environnement et les populations locales. Pour contrecarrer ces effets secondaires, il s’est développé une forme de tourisme alternatif qui est très diversifié et regroupe en ordre général toutes les formes de tourisme qui ne s’apparentent pas au tourisme de masse. On peut citer entre autres : l’écotourisme, le tourisme équitable, le tourisme durable, le tourisme responsable

Quelle identité culturelle ?

Selon l’Organisation mondiale du tourisme (OMT), le nombre de voyages internationaux s’élevait à 940 millions en 2010. Cette industrie qui connait une croissance exponentielle et se renouvelle sans cesse pour répondre aux besoins et aux demandes des touristes, pose des défis majeurs à des acteurs qui en ont été exclu pendant longtemps comme Haïti. En effet, il est très difficile de se montrer compétitif dans ces marchés.

Par le passé et jusqu’à très récemment Haïti bénéficiait à ses dépens bien souvent de ce que la littérature classifie sous le titre de tourisme noir. On parle aussi de tourisme sombre, tourisme morbide. Il s’agit de visiter des endroits qui sont associés à la mort, à la souffrance, aux catastrophes. Dans le cas d’Haïti on pourrait aussi parler de tourisme-réalité ce terme désigne une forme de tourisme qui consiste à visiter des lieux dans le but est de voir des réalités pénibles et d’en faire l’expérience. Dans le cas d’Haïti, cet état de fait s’est traduit par une flambée des voyages d’aide humanitaire. Évidemment, ce type de tourisme à ses retombées économiques mais n’est pas le genre de tourisme que l’on promeut ou que l’on souhaite développer.

Par ailleurs, naturellement, le tourisme caribéen est essentiellement un tourisme de masse. La nature clémente prédisposant la région à être capable d’offrir à l’année longue cette expérience, hormis quelque mois de pluie. En termes de richesse naturelle, Haïti peut être très compétitif et se tailler une place de choix dans l’offre de ce type d’expérience touristique. Par contre, les infrastructures devant être mis en place pour accueillir un flot important sont excessivement couteuses. Quoiqu’il s’agisse du courant dominant de la promotion touristique, la comparaison avec les autres pays de la région ne classe pas Haïti dans une position confortable et ne lui permet pas de se démarquer de manière avantageuse, d’une part. D’autre part, le tourisme peut occasionner des effets collatéraux sociaux culturels : perte d'identité, acculturation, prostitution, folklorisation des sociétés traditionnelles, sans oublier l’empreinte écologique significative qui y est associée. De plus, paradoxalement, quoique le tourisme de masse soit un vecteur économique important, elle ne profite que peu aux populations locales.

En revanche, les initiatives telles que Kalfou Riches entrouvrent la porte à un tourisme de proximité, un tourisme alternatif, un tourisme responsable. Non seulement elle répond au grief éthique que soulève les conséquences du tourisme de masse, elle a l’avantage de placer Haïti dans une position très confortable pour fournir une expérience touristique unique. Lorsqu’on allie la richesse culturelle aux richesses naturelles du pays, il y aurait moyen de développer un type d’activités touristique originale et innovante qui donnerait un bon coup de pouce à l’image promue parle tourisme noir et serait du même coup un vecteur de développement économique et social. Tout comme dans le cadre du projet Kalfou Riches, où le talent était déjà là, tout ce qu’il faut pour encourager et promouvoir un tourisme responsable et de proximité est déjà disponible, il s’agirait d’en faciliter l’accès.

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